• Anaïs Jeanneret

    Une rencontre tout en finesse entre un très jeune homme et une quadragénaire instable qui « nage comme on livre un combat ».

     

    Révélée comme actrice dans Péril en la demeure de Michel Deville ou dans Archipel de Pierre Granier-Deferre, Anaïs Jeanneret est ensuite devenue une romancière discrète. La revoici en librairie, plus de dix ans après la parution de son dernier livre, La Traversée du silence (Albin Michel), avec la très réussie Solitude des soirs d’été.

     

    Le narrateur se prénomme Louis. Le Jeune homme est un prolétaire hispano-russe qui espère une autre vie que la sienne, celle-ci n’ayant jusqu’ici été « qu’une attente pleine d’ennui et de colère ». A 22 ans, Louis connaît déjà « le goût des regrets ». Il a beaucoup dormi, a failli devenir assassin, a un peu écrit. Assistant de régie et de production dans le cinéma, il a pour petite amie une brune aux yeux verts et aux courbes affolantes. Lucy, une comédienne à la notoriété naissante, qui aime séduire « tous les hommes sans exception ».

     

    A l’avant-première d’une exposition Rothko, Louis remarque d’emblée Alda. Une femme qui a le double de son âge et n’a jamais travaillé. Mère de deux garçons, Alda est mariée à une architecte souriant et à l’aise. Chez elle, Louis décèle « le signe d’un déséquilibre, la possibilité d’un chavirement ». Avec Lucy, le héros d’Anaïs Jeanneret se voit inviter en Provence, dans la luxueuse maison avec piscine que possède Alda et son mari.

     

    Sur place, en plus du ballet des amis qui passent, il y a Pauline. La blonde jeune fille au pair qui lit John Irving et s’occupe de David et Jean, 11 et 9 ans. Louis observe ses hôtes, leur mariage où il ne sent aucune intimité. Se contre sur une Alda qui nage « comme on livre un combat », pleure en écoutant un vieux tube de Radiohead. Une Alda qui lui soutient : « Finalement dans une vie, il n’y a que trois ou quatre rencontres marquantes. Nous ne sommes que trois ou quatre moments. Notre existence se résume à ça. Le reste part en fumée… »

     

    Anaïs Jeanneret orchestre avec finesse le face-à-face de deux être qui partagent le goût du silence et arrivent  un moment clé de leur existence. L’auteure des Yeux cernés (Anne Carrère, 1999) joue très subtilement avec l’ombre et la lumière, les fêlures de ses personnages, leurs blessures. Celles qui font avancer et celles qui ne se referment jamais.

     

    Alexandre Fillon

     

     

    Source : LIRE, Juillet-Août 2013

    Voir aussi : roman anais jeanneretlire roman anais jeanneretroman les poupees russesroman


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